AleaSoft Energy Forecasting, 19 août 2026. Les réserves de gaz de l’Union européenne se situent actuellement autour de 61 % de leur capacité, le niveau le plus bas à cette période de l’année de ces dernières années, même en dessous du niveau enregistré en 2021. Ces derniers jours, les prix du gaz ont augmenté et, le 18 août, les futures du gaz TTF ont atteint leur valeur la plus élevée depuis le début de 2023. La nécessité de reconstituer les stocks fait déjà pression sur les prix cet été, tandis que le niveau de réserves avec lequel l’Europe abordera le mois d’octobre déterminera son exposition au cours de l’hiver prochain.

Deux dates qui rythment l’année gazière européenne

Il existe deux moments clés dans le calendrier du marché du gaz européen. Le premier intervient à la fin de l’hiver, fin mars, lorsque le niveau des réserves détermine la quantité de gaz qu’il faudra injecter pendant l’été. Le second intervient au début du mois d’octobre, lorsque les installations de stockage indiquent le volume disponible pour affronter les mois d’hiver de plus forte consommation.

Cette année, ces deux références revêtent une importance particulière. Selon les données de Gas Infrastructure Europe, le 1er avril 2026 les installations de stockage européennes se situaient à 28 % de leur capacité, le niveau le plus bas des quatre dernières années. Ce point de départ a rendu la saison de remplissage particulièrement exigeante sur un marché déjà sous tension du côté de l’offre.

Un rythme de remplissage plus lent que nécessaire

Quatre mois et demi plus tard, les réserves de gaz se situent autour de 61 %, soit environ 20 % en dessous de la moyenne des sept dernières années à cette période de l’année.

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Le rythme récent donne la mesure du défi. Entre le début et la mi-août, les niveaux de stockage ont progressé en moyenne de 0,27 point de pourcentage par jour. Si ce rythme se maintenait, ils atteindraient environ 73 % au 1er octobre. L’Europe devrait poursuivre les injections pendant l’automne pour continuer à reconstituer ses réserves, en coïncidence avec l’augmentation progressive de la demande liée au chauffage.

Combler l’écart avec les niveaux des dernières années exige de maintenir un taux d’injection élevé et de sécuriser des volumes de gaz suffisants pour l’Europe, en particulier de gaz naturel liquéfié. Attirer ces approvisionnements sur un marché mondial concurrentiel a un coût, et la nécessité de continuer à remplir les installations de stockage ajoute de la pression sur la demande européenne pendant l’été.

Un signal de prix qui favorise peu le stockage

Cette nécessité de remplir les installations de stockage coïncide avec une hausse des prix du gaz ces derniers jours. Le 18 août, les futures FrontMonth du gaz TTF sur le marché ICE ont atteint 63,65 €/MWh, le niveau le plus élevé depuis fin janvier 2023.

Dans le même temps, la courbe des futures n’offre pas actuellement de prime d’hiver claire par rapport aux mois les plus proches. Certains contrats pour les mois d’hiver se négocient à des niveaux similaires, voire inférieurs. Cette structure réduit l’incitation économique habituelle à acheter du gaz pendant la période de remplissage, à le stocker et à le vendre plus tard à un prix plus élevé.

Lorsque l’écart entre les prix actuels et les prix d’hiver ne couvre pas suffisamment les coûts associés au stockage, cette opération perd son attrait commercial. L’Europe doit pourtant reconstituer ses réserves avant la saison hivernale. Cette combinaison oblige à maintenir la demande de gaz destinée à l’injection même avec un signal de prix défavorable et accentue la pression sur le marché pendant l’été.

Ormuz, gaz russe et une offre plus tendue

La géopolitique est une autre source majeure de pression. Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a réduit drastiquement le trafic par le détroit d’Ormuz et a affecté l’offre mondiale de GNL, en particulier celle en provenance du Qatar. L’incertitude quant à la normalisation du trafic maritime maintient une prime de risque élevée sur les marchés de l’énergie.

En parallèle, l’élimination progressive des importations européennes de gaz russe réduit les alternatives d’approvisionnement encore disponibles. À cela s’ajoutent les travaux de maintenance dans les installations norvégiennes au mois d’août, qui réduisent temporairement les flux en provenance du principal fournisseur de gaz par gazoduc de l’Europe.

La combinaison de ces circonstances est particulièrement pertinente pendant la saison de remplissage. L’Europe doit attirer suffisamment de gaz pour couvrir la consommation actuelle et, dans le même temps, continuer à augmenter des stocks partis de niveaux exceptionnellement bas à la fin de l’hiver.

Les objectifs de remplissage européens et leur flexibilité

Le cadre réglementaire européen maintient un objectif de remplissage de 90 % mais, depuis la réforme du règlement sur le stockage de gaz, en vigueur depuis septembre 2025, ce niveau peut être atteint à tout moment entre le 1er octobre et le 1er décembre. Les règles autorisent également un écart pouvant aller jusqu’à dix points de pourcentage en cas de conditions de remplissage difficiles, que la Commission européenne peut étendre de cinq points supplémentaires si ces conditions persistent. Le règlement restera en vigueur jusqu’à la fin de 2027.

Cette flexibilité vise à éviter que l’obligation d’atteindre un niveau de réserves donné ne concentre les achats et ne pousse les prix à la hausse pendant l’été. Compte tenu des conditions actuelles, la Commission européenne considère qu’un niveau de 80 % serait suffisant pour garantir l’approvisionnement pendant l’hiver et techniquement réalisable. Cette plus grande flexibilité peut atténuer la pression à l’achat pendant l’été, même si elle implique d’aborder l’hiver avec une marge de sécurité plus réduite dans les stockages.

Pourquoi 2026 n’est pas 2021

La comparaison avec 2021 est pertinente, bien que les conditions actuelles soient différentes. L’Europe a abordé cet hiver-là avec des réserves réduites et une dépendance bien plus grande au gaz russe acheminé par gazoduc. Cette vulnérabilité a contribué à tendre le marché avant que l’invasion de l’Ukraine n’aggrave dramatiquement la crise énergétique.

Cinq ans plus tard, il existe des différences importantes. L’Europe dispose d’une plus grande capacité de regazéification, la consommation de gaz reste inférieure aux niveaux d’avant la crise et la dépendance à l’approvisionnement russe a été considérablement réduite. De plus, l’entrée en service de nouvelles capacités mondiales de production de GNL élargit progressivement les alternatives d’approvisionnement.

La croissance des énergies renouvelables contribue également à réduire les besoins en gaz pour la production d’électricité pendant les heures de plus forte production photovoltaïque et production d’énergie éolienne.

Ces différences font que des réserves basses n’entraînent pas nécessairement les mêmes conséquences qu’en 2021. Elles augmentent toutefois la sensibilité du marché à tout événement défavorable.

Du gaz stocké au prix de l’électricité

Le volume en stockage est l’une des principales marges de sécurité face aux imprévus. Avec moins de gaz dans les installations de stockage, un hiver froid, une période prolongée de faible production renouvelable ou une nouvelle interruption de l’approvisionnement en GNL peuvent se répercuter plus rapidement sur les prix.

Cette tension atteint également les marchés électriques européens, où les centrales à gaz continuent de fixer le prix marginal pendant de nombreuses heures. Une hausse du prix du gaz augmente directement le coût de production des centrales à cycle combiné. Pour cette raison, une plus grande tension sur le marché du gaz peut se transmettre rapidement aux prix de l’électricité.

Cette relation explique pourquoi l’évolution des réserves européennes n’est pas pertinente uniquement pour les opérateurs gaziers. Les fournisseurs, les producteurs et les grands consommateurs d’électricité doivent eux aussi suivre de près le rythme de remplissage et les perspectives d’approvisionnement afin d’anticiper leur impact possible sur les marchés électriques au cours des prochains mois.

Des prévisions pour anticiper les scénarios avec AleaBlue et AleaGreen

AleaBlue, la division d’AleaSoft Energy Forecasting spécialisée dans les prévisions à court et moyen terme, fournit des prévisions avec des horizons allant jusqu’à trois ans qui permettent d’analyser l’évolution des prix du gaz et de l’électricité, d’identifier les fenêtres de couverture et de quantifier le risque associé à chaque stratégie d’achat.

Pour les décisions d’investissement et de financement, AleaGreen, la division spécialisée dans les prévisions à long terme, fournit des courbes de prix des marchés électriques bancables, des bandes de confiance et des scénarios probabilistes fondés sur des hypothèses cohérentes concernant l’évolution des combustibles, la volatilité des prix et les prix captés par les énergies renouvelables.

Octobre marquera le point de départ de l’hiver

Le niveau de réserves avec lequel l’Europe abordera le mois d’octobre sera l’une des principales références pour les marchés de l’énergie au cours des prochains mois. Des stockages inférieurs aux niveaux des dernières années n’impliquent pas nécessairement des problèmes d’approvisionnement, mais ils réduisent la marge pour absorber un hiver froid, une production renouvelable plus faible ou de nouvelles tensions sur les importations de gaz, et favorisent une plus grande volatilité des prix tant du gaz que des marchés électriques.

La pression pour reconstituer les réserves influence déjà les prix pendant l’été. À l’approche de l’hiver, le rythme de remplissage, les températures et la disponibilité de GNL détermineront dans quelle mesure cette tension se maintiendra ou s’accentuera.

Source : AleaSoft Energy Forecasting.

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